Bienvenue sur mon blog n°1 " S'ÉVANOUIR DANS LE BLANC "résultat d'une errance programmée...

 

Dimanche 26 mai 2019 : Exposition du jour de la fête de l'estampe 2019

Ce n'est qu'en 1996 que la notion de fulgurance fait son apparition avec la pratique des croquis de mouvement de danseuses. L'atelier prend alors le nom de "Croqu'Vif" Quelques années plus tôt, en avril 1992 je notais à propos de mon écriture de graveur le texte qui suit:


"J'avance à pas mesurés à la rencontre de l'incongru, et frôle le fantastique sans l'atteindre. J'introduis néanmoins dans mon oeuvre, un soupçon d'étrangeté.

Faite de contrastes et de ruptures, mon écriture singulière déferle, noire, abondante et drue, pour oublier enfin ce jaillissement premier, et s'évanouir paisiblement à l'approche d'espaces blancs, ouverts. L'attaque de ma pointe-sèche est précise, vigoureuse, profonde, modulée sur une interprétation lyrique personnelle, et transformée par chaque format nouveau. Mon esprit se concentre sur la valeur des traits et sur des pénombres noir velours engendrant tensions et frémissements. Ce parti pris, résolument plastique, refuse le premier rôle au sujet, ce qui entraîne le "regardeur", dérive calculée, aux confins d'un labyrinthe de formes toujours incertaines et parfois dicontinues." J.P. Guay

 
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Du lundi 1er au mercredi 31 octobre 2018 : Jean-Pierre GUAY fin graveur

Marc Rohner, Artprems

" Il a la légèreté de ceux à qui l'on dessine un mouton.

Du reflet photographique, il a gardé les valeurs en miroir. C'est un handicap imperceptible et un avantage précieux qui déterminent la méthode et identifient les disciplines.

Lorsque ses estampes vagabondent même s'il fait mine d'être perdu il suit une boussole qui n'indique que la bonne direction. Il y a longtemps que Jean-Pierre Guay a durci ses points de contact avec la matière. Chemin creusant il s'est éloigné de la surface et depuis, fait étape pour arriver au blanc. Depuis, chaque trait, chaque mouvement marquent profondément ces papiers et métaux qu'il a, comme le Petit Prince, patiemment apprivoisés. Sa technique est un sixième sens. Elle parle d'égal à égal avec ses sentiments et envies. Pas étonnant qu'il fasse bouillonner l'esprit de création au néophyte. Il sait inventer l'attrait, attiser la curiosité, offrir son savoir faire à qui est sincère. Jean-Pierre Guay est un métal ciselé de tendresse."

Voir l'interview de Marc Rohner en cliquant. (2009)

 
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Du jeudi 25 au vendredi 26 mai 2017 : 5ème Fête de l'estampe 2017

Le 26 mai est le jour anniversaire de la signature de l'Édit de Saint-jean de Luz en 1660,

qui accorda aux graveurs le droit d'exercer leur art librement.

Avant propos


J'accorde volontiers la préférence au zinc, matière particulièrement docile lorsqu'il s'agit de rayer la matrice où s'inscrivent finement les méandres de ma pensée.

Traduire le langage des corps en mouvement et le fixer à jamais au coeur du métal est l'utopie poursuivie depuis bien des années par l'atelier Croqu'Vif.

Mais varier les techniques d'approche pour tenter d'y parvenir facilite la tâche, et l'instant capté sous forme de croquis et de photographies, soudain confronté aux mots de la poésie, prend son essor, puis retombe et s'inscrtit en larges nappes floconeuses sur les plaques de zinc.

Désormais, le noir et le blanc se complètent et s'épaulent dans leur discours sans fin, retraçant avec passsion les errances et les traversées des corps dansant.


Au centre du gravé les mouvants

                                                                    à Jean-Pierre Guay Graveur



A l'obstacle des noirs sur un élan de blanc le dénuement du corporel

les orbes réfutant le foisonnement comme passion de flammes

-apurement-l'espace s'affirme blanc réceptacle de la griffure


Émouvante

la nudité développe les harmoniques du corps

épouse l'ombre du dedans enfourche les clairs de la vue

L'effet courbe attendrit le vif éclat d'une rencontre


Singulière variation avancée de la pointe sur la peau

de l'atlas laissée en abandon

L'encre étonnée ramasse l'eau de l'atlas la métamorphose

et trace le blason du lieu


Brindilles toujours en rêve de moisson

reste un couteau de lune à mesure des remous


Dans la chambre de pierre les corps habillés

d'une taille ferme se dévoilent d'un rai de lumière

Mémoire de peau du visage des corps sous le ciel

l'obscur déterre les yeux le blanc en cette nuit

dispense en chaque oeil la langue le monde la nudité de son autre


Au centre du gravé les mouvants l'effet retient la flamme

déchiffre le regard des corps en fusion

Profondeur de la pointe, nuit contre le trou

comme secret de l'oeil


Etre silence voix de son visage le temps à nu

et le soir comme nom il descend plus profond

crache une peau mère des brins pour le désir

remercient le lieu des rumeurs


Cette grandeur du désir mousse le point d'émulsion

et scelle la garantie d'une langue en fête


Vertige enfin torrent aux cris d'oiseaux

Dans le refuge, la légende de l'accouplement

sur la plaque fragmente en son travail le dit

Orbe à l'autre il absorbe Amants ils seront

géographie en la longue pression d'encre


En voisinage l'avant-pierre fragile bornage d'une partance irréfléchie

attirer celle qui pour peu offerte au regard pourrait venir s'y sourcer

Les métamorphoses devant l'orbe la fièvre du lire obstinée de la nuit

l'invitée condamne à l'éclaircie l'énigme encore mal acquise


Lent retournement de la peau écholalie d'un tréfonds

gestuelle détournée du regard au flux de l'encre

aube éclatée à l'ultime acte d'opacité

Fini et infini...


Maintenant ils seront mémoire


Il reste à dénouer les signes voir dans la fraternité des forces

le rêve d'un geste  A l'aplomb le corps ploie  étire la courbe

l'articulé du mot

La main s'assure de l'épure

pour convaincre la trace qui résiste ombre de parole


En cet écart de silence d'invisibles paroles

allument la coulure de matière

Coulée de cendre pour cette pensée du temps sur l'angoisse

Ombre de parole inscrite dans l'encre d'une réalité


Sur la plaque la force du crépuscule

affirme le geste du corps émulsionné gravé

L'ensemble se révèle porteur du mouvement

plus vrai

     plus intense


                                               que la danse


                                                                    Gilbert Desmée juin 1994


Gilbert dirigeait la revue de poésie SAPRIPHAGE et tenait tous les ans en juin avec sa femme Maria un stand au marché de la poésie

place Saint-Sulpice à Paris.

Le texte a paru dans un recueil publié en Belgique.

Gilbert est décédé en septembre 2014




 
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PORTES OUVERTES D'ÉQUINOXE D'AUTOMNE DE L'ATELIER Croqu'Vif® , Jean-Pierre GUAY Atelier d'estampe Croqu'Vif ®

Jeudi 22 septembre 2016 : PORTES OUVERTES D'ÉQUINOXE D'AUTOMNE DE L'ATELIER Croqu'Vif®

Étrangement délicieux

Chaque jour d'équinoxe, les portes de l'atelier Croqu'Vif s'ouvrent à un public d'amateurs amis, aujourd'hui habitués à ce rituel, et à de nouveaux visiteurs.

Ces moments rares ponctuent chaque demi-année de travail.

Si bien que, dans un espace réduit et particculièrement intîme, se côtoient ou se rencontrent ces jours-là, des personnes qui n'auraient jamais dû le faire. Je suis, tout à la fois, l'organisateur, le spectateur et le bénéficiaire d'événements inconcevables nulle part ailleurs.

Au-delà des cimaises installées dans une véranda très bien exposée, se trame, dans l'atelier plus sombre, une intimité plus authentique, lorsque, par la magie de l'imprimerie en taille-douce, se divulguent sur le vif les tours de main jusque là tenus secrets.

Un jour, il y a déjà 26 ans, alors que je devais me partager pour une dizaine de visiteurs présents, entre ces deux lieux (exposition et impression) je fus alerté par la femme de l'un d'eux, et je pus observer l'agitation progressive d'un homme grand et mince, contraint de se pencher légèrement vers mes estampes exposées un peu trop bas pour lui, rechaussant par instant ses lunettes comme pour mieux jouir du plaisir procuré par sa contemplation.

Vous êtes, dans ce cas, à la fois amusé et étonné de pouvoir découvrir des signes visibles, révélant les effets d'une dégustation très personnelle.

C'est une série de 18 pointes-sèches nouvelles, réalisées en une vingtaine de jours sans repentir, c'est à dire gravées puis imprimées sans épreuves d'essais, qui avait capté l'intérêt, et la grande effervescence semblait durable.

Apparemment, je ne pouvais qu'observer des gestes qui tentaient un remaniement du parti pris d'exposition de l'ensemble. Insensiblement, sous mes yeux, mon travail m'échappait et devenait matériau malléable à la destinée improbable.


On ne peut pas vivre, en direct, de gratification plus complète: vous interrogez votre public chez vous, et c'est bien lui qui élabore sur le champ ses propres réponses...quelle jubilation!...

Dès le lendemain, le prêt de la collection fut jugé indispensable.

À sa table de travail, le poète reconstruisit une structure adaptée au texte qui lui était"donné"_par quelle magie?_ et qui s'imposait alors comme une évidence. Il créa son exposition personnelle et en réalisa même l'accrochage. Il ne restait plus qu'à choisir et combiner les mots.


Il avait éprouvé avec force ce que j'avais ressenti confusément en griffant ces très fines plaques de cuivre deux fois moins épaisses que d'habitude: la fragilité du support avait modifié ma gestuelle, et les zones habituellement rayées par des pointes très dures d'acier au tungstène, étaient regroupées de manière singulière, ordonnées par la présence presque magique d'un minuscule diamant serti dans la pointe extrême de l'outil. Le noir et le blanc n'étaient plus, comme avant, également partagés ni répartis sur la feuille blanche de l'épreuve: c'était le blanc, plus audacieux, qui haussait le ton, accompagné comme il se doit, par quelques signes noirs nécessaires et bien placés. Pour tout dire, nous étions bien à l'équinoxe de printemps et elle nous entraînait de façon impérative vers la lumière crue du plein été.


Gilbert l'avait compris puis exprimé avec un choix de mots raffinés: la révélation de la pureté des blancs nous éblouissait.

Après de telles evidences et grâce à toutes ces beautés exaltées, impossible de rayer sa plaque de métal sans une conscience en éveil, et une vigilance plus aigüe.

Depuis ce temps, les nouveaux plaisirs, pour moi, s'inscrivent dans des vertiges inattendus surgis de gestes de plus en plus audacieux.

Je reçus le texte et sa dédicace_quel cadeau_fin juin, alors qu'une exposition m'était proposée pour le début octobre: "Au centre du gravé, les mouvants..." à Jean-Pierre Guay.


Texte et gravures, y compris plusieurs matrices et un miroir furent installés au centre de la salle d'exposition, scellant pour toujours le titre offert par l'auteur du poème...tandis que, tout autour de la salle, 17 grandes gravures évoquant "l'épée de flammes" de Pablo Neruda, inversaient la démarche orientée cette fois de la littérature vers la gravure.

Gilbert et sa femme Maria firent l'acquisition de leur oeuvre préférée qui figura sur les murs du stand de la revue "Sapriphage" pendant plusieurs années au marché de la poésie, Place Saint-Sulpice à Paris, intitulée:

"Étrangement délicieux"...

tout comme ces partages et échanges généreux.

 
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Jeudi 22 septembre 2016 : PORTES OUVERTES

Texte proposé pour évoquer mon travail, à l'occasion de l'exposition organisée par GRAVER MAINTENANT pour fêter ses 30 ans

Noir ou blanc?

Oser contempler l'insondable miroir de la

plaque de métal sans rien n'y "pré-voir" jusqu'à

l'éblouissement fécond,signal décisif pour

l'attaque d'une pointe-sèche.

Organiser des échappées, champs multiples,

réserves immaculées improvisées au sein du

chaos des griffures et des stries originelles, afin

de rallier et franchir en douce

les limites du format.

Faire surgir enfin les sillons les plus profonds

gorgés d'un noir velouté, aussitôt submergés par

l'éclat du métal poli.

C'est ce blanc-là que je veux extraire,

préserver et célébrer.

 

"(...) Mémoire de peau du visage des corps sous le ciel,

l'obscur déterre les yeux le blanc en cette nuit

dispense en chaque oeil la langue le monde la nudité de son autre (...)"

(extrait de Au centre du gravé, les mouvants de Gilbert Desmée, 1994)

Gilbert Desmée est décédé en septembre 2014

 
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